Pourquoi tu lis ça?

Guillaume Théroux
Chanteur
Guitariste
Parolier
Perdu

 

Étouffer la flamme

Je te disais hier à quel point ça me fâchait de me faire traiter de déviant.

J’y ai repensé aujourd’hui. Et je te dirais que ça ne me fâche plus…

Ça me fait mal. Ça m’arrache le coeur.

À quel point peux-tu tomber en amour avec quelqu’un?

Quand tu aimes, le moindre faux pas représente la fin du monde. En manquant à la loyauté de mon amour, j’ai l’impression d’avoir commis un meurtre.

Je me sens égoïste de vouloir qu’elle me revienne, et égoïste de vouloir m’en aller parce qu’elle refuse de me revenir.

C’est normal?

C’est normal que même le moindre commentaire négatif, même la moindre insulte de sa mère à propos de la situation me brûle si fort? Aussi fort que ces hommes qui se sont immolés par le feu au Maghreb pendant le Printemps arabe?

Je pense que je n’ai pas besoin de ta réponse là-dessus. Te voir baisser les yeux, mal à l’aise et perplexe, me suffit.

J’essaie d’apaiser la flamme, mais quelque chose souffle dessus chaque jour pendant mon sommeil. Alimenté, le bulbe orangé enfle chaque nuit, et son coeur violet surchauffe.

La seule façon d’éteindre un feu, c’est de l’étouffer.

«C’est ça, 2012»

J’ai parlé avec une quelqu’une récemment de relations amoureuses passées et futures.

Comme beaucoup d’autres demoiselles, la quelqu’une en question ne l’a pas eu facile à cause de son dernier concubin, qu’elle aimait beaucoup. Le niais l’a niaisée. Elle ne se laissera plus faire.

«Je vais m’en trouver un autre pis, au pire, je me ferai tromper, a-t-elle laissé tomber. Je m’y attends maintenant au moins, les gars sont tous comme ça, les filles aussi. Au pire, je le tromperai moi aussi. C’est ça, 2012.»

J’ai fait le saut. Je n’étais pas d’accord avec elle parce que je me considère différent, ce qui brise sa théorie.

Oui, j’ai un passé d’infidèle. Oui, j’ai trompé ma première blonde, comme je le racontais dans un billet antérieur. Oui, ma seconde relation a échoué à cause de ça. Mais j’ai le désir absolu d’être loyal; je me bats chaque jour contre mes pulsions. J’ai envie de vivre l’amour fou à chaque jour avec la même. Une baise aléatoire, ça ne me fait rien. Pire, ça me fait sentir mal.

J’ai expliqué ça à la quelqu’une, expliqué à quel point j’aime la quelqu’une qui m’a laissé récemment à cause de mes frasques, lesquelles je regrette amèrement. Sa réponse?

«T’es pas différent, t’es déviant.»

… A-yoye.

Ça m’a mis en tabarnak. Voici les pensées qui ont défilé dans ma tête, jurons inclus :

__________

Criss, c’est l’amour de ma vie, câliss! C’est normal esti que je souffre qu’elle me sacre là à cause de mes erreurs, particulièrement si j’suis repentant!

En quoi c’est déviant d’aimer beaucoup et de s’en vouloir pour ses fautes? J’ai fait des conneries, OK! Mais j’ai tué personne, fuck! J’ai pas commis de crime!

__________ 

C’est alors que j’ai répondu moi-même à toutes ces questions et transformé mon animosité en inconfortable perplexité…

__________ 

Buddy, si c’est pas un crime, alors pourquoi tu t’en veux? Si tu l’aimes tant que ça et qu’elle est prête à laisser sécher cet amour-là, arrête de t’en faire : t’auras fait le mieux que t’auras pu.

Ce qui t’énerve dans le mot “déviant”, c’est la sens péjoratif du terme, mais par définition, ça veut simplement dire que tu t’écartes des normes sociales.

__________ 

Et pis là… je me suis remis en tabarnak, et je l’ai laissé savoir à la quelqu’une à qui je faisais la conversation. 

«Je serais mieux de devenir comme tous les autres? Me câlisser de ma sentimentalité? Y me semble que le mot “tromper”, lui, comprend aussi un sens péjoratif. Je vais toujours m’en vouloir de tromper, ce n’est pas bien, point-barre. C’est de la trahison, c’est de la douleur!»

Mais la quelqu’une n’a pas changé d’idée : elle ne laissera pas de nouvelle chance à son dernier copain, même si elle avoue toujours l’aimer.

Je n’ai pas changé d’idée moi non plus. Comme si la conversation n’avait jamais eu lieu.

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THE EMPIRE

Y’a un mois, je te disais que je te présenterais le sens des paroles de la chanson "The Empire", de Be Astronaut.

On est demain.

Ça parle de conv… de cons… euh…

Ça parle des méd…

Ça parle de médisance des congas! Pèse sur play pour écouter en même temps que tu lis. J’en reviens pas que je suis en train de te dévoiler ça… Je vais me faire couper la tête…

Partie 1

Concentrate
On those important things
The whole world needs to know
Or at least it’s craving for
Stop the presses!
Got this dream of me by the sea
Waiting for my time to come
The flood’ll get me
But in the meantime

Stop the presses!

God! Save me from the Empire
Don’t believe in you
But you’ll certainly do the job
Look at them all
They’re all sleepwalking
Deadly spirits
Eyes wide open

C’est l’histoire d’un Jedi qui se laisse attirer par le côté obscur de la force…

Partie 2

Is there a single man out there
Who’s willing to take over?
Some kind of dark hero
Who’ll bear and swallow the pain?
Kill it all?
Got this dream of me by the sea
Waiting for my time to come
The flood’ll get me
But in the meantime

Stop the presses!

God! Save me from the Empire
Don’t believe in you
But you’ll certainly do the job
Look at them all
They’re all sleepwalking
Deadly spirits
Eyes wide open

Y fait naître deux jumeaux, un gars et une fille qu’il abandonne plus ou moins contre son gré. Ceux-ci finissent par le combattre alors qu’il devient un puissant Sith, un Jedi noir…

Solo

Dans un premier duel d’escrime de l’espace, il coupe un bras à son fils…

Partie 3

God! Save me from the Empire
Don’t believe in you
But you’ll certainly do the job
Look at them all
They’re all sleepwalking
Deadly spirits
Eyes wide open

Son fils revient quelque temps après, vainc son père dans un second combat et le libère du côté de la Force juste avant sa mort…

T’as peut-être compris à présent que je ne te dirai pas le vrai sens de cette chanson. Me sens pas à l’aise de t’en parler.

C’est ben la seule fois où ça va arriver. J’te garantis que dans un futur assez rapproché, je vais te faire sentir tout croche. Promis.

Bing bang, couche avec, tromperie

Gestion de crise! Contactez le département des relations publiques!

Demandez-leur de rédiger un communiqué présentant des excuses au nom de l’entreprise!

Qu’ils annoncent une conférence de presse! Le président s’adressera aux médias pour s’expliquer!

Il annoncera par la même occasion que l’entreprise fait un don de 10 millions $ à la Fondation X! Cela atténuera la grogne…

En te révélant les paroles de la chanson “I’m Not the Man”, j’ai créé de petits remous, surtout avec le passage sur l’image féminine. Textos de haine et tout le bataclan. Pourtant, j’avais bien pris le temps de préciser que j’aurais le loisir de t’expliquer pourquoi j’ai mes torts; pourquoi, au fond, je suis moi-même une pute.

On remonte aux 17 ans et à la toute première copine d’un petit con.

Le mirage

Une relation somme toute agréable, qui avait commencé de façon plutôt étrange, mais qui s’est solidifiée avec le temps.

Puis, après environ une année de coexistence… POW! LA connerie masculine. Il s’éprend d’une autre fleur, une amourette de passage. C’est suffisant pour qu’il pense avoir trouvé un meilleur parti.

Bing bang, couche avec, tromperie.

Le crime aurait pu être caché. Avec la complicité de la demoiselle qui l’a accompagné dans la dérive, les bandits avaient conclu qu’ils garderaient le silence.

Mais la culpabilité a eu raison de lui. Estimant que sa copine était l’amour de sa vie, il lui a tout avoué, soir de brosse.

Elle a pris ses jambes à son cou, bien sûr, et de son côté, c’était le néant. Il croyait avoir trouvé mieux ailleurs, mais ce n’était qu’un mirage et il avait perdu sa flamme. Il n’y avait pas de solution.

La promenade de santé

Voyant bien qu’elle ne lui pardonnerait jamais cette erreur MONUMENTALE, envahi par la culpabilité, il est parti un beau matin, vers le nord d’une contrée extérieure au Québec. Une «balade de réflexion», pour se «ressourcer».

Au retour de son escapade, ses parents, pris entre l’inquiétude et la crainte qu’il soit un criss de dérangé, se demandaient sans doute : «Mais pourquoi t’es parti comme ça, sans prévenir, pis qu’est-ce que t’es allé faire, gros épais?»

Ils n’ont néanmoins pas laissé paraître leur peur et n’ont émis que des paroles de sagesse : «C’est juste une fille, ça va passer, tu vas en trouver une autre. C’est normal ce qui t’arrive, tu es tout jeune, ce sont tes hormones…»

Et à l’autre bout du spectre, la victime directe du crime a dû mal à croire que le petit con qui lui a déchiré son coeur soit sincèrement repentant. Elle souffre d’apprendre à la dure qu’elle aura toujours de nombreuses rivales dans la jungle de la vie…

Fin

Ah! Être ado… Pas facile.

Heureusement, je suis maintenant un adulte! J’ai mûri et jamais je ne commettrais une telle erreur à nouveau!

C’est sûrement pour ça que ma seconde copine m’a sacré là il y a quelque temps. En m’assommant avec une brique, me perçant les yeux avec un vilebrequin, les remplissant de colle chaude, m’enduisant d’essence et m’allumant avec un briquet comme un feu de joie.

Je te rassure, c’est pas vrai, elle a pas fait ça. Mais elle y a sûrement rêvé.

La suite une autre fois! Demain, “The Empire”! Pour te préparer, tu peux l’écouter sur la plateforme musicale de Be Astronaut.

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Alors je te révèle aujourd’hui le sens des paroles d’une première chanson de Be Astronaut. Il s’agit de "I’m Not The Man", chanson d’introduction de nos spectacles.

Le fichier audio de la chanson est attaché à ce billet pour 24 heures, mais disparaîtra après. Tu pourras cependant toujours consulter les paroles et leur sens après cette période.

C’est la plus simple de toutes les chansons du groupe. Le sens est facile à saisir, c’est généraliste, populiste/démagogique, ado même je dirais. Disons que c’est une pratique, une mise en bouche pour les autres chansons que je te présenterai à l’avenir.

Allons-y.

Partie 1

Leave me alone
I’m not the man
That you have been looking for
I’ll sweep the land on demand
But don’t ask for a single drip
Of my blood 

Le sens de la collectivité aujourd’hui, est-ce que ça existe encore? Je suis le premier à ne vivre que pour moi-même. Je ne passe que très peu de temps avec ma famille, autant rapprochée qu’élargie.

L’homme moyen ne surpasse plus les attentes. Il fait ce qu’on lui demande, sans plus. Je ne sens plus de passion autour de moi, je ne sens plus de passion en moi. On n’a plus le sang chaud.

Partie 2

Leave her alone
She does not stand
The loving man with a caring core
She gives her body on demand
But don’t expect any love
From her
heart

J’ai beaucoup, énormément de mal à gérer mes relations avec le sexe opposé. Jusqu’à maintenant, tout s’est toujours terminé dans un bain de sang… au sens figuré, bien sûr.

J’ai mes torts (ils sont nombreux, et j’aurai amplement le loisir de les traiter dans des billets ultérieurs), mais j’estime qu’il y a des trucs qui clochent chez les femmes.

La femme moderne moyenne, celle qu’on voit à la télé, dans les publicités, celle qui s’expose sur les réseaux sociaux… La femme moderne moyenne, je trouve qu’elle a l’air d’une pute et qu’elle cherche absolument à le montrer. Je suis franchement désolé de penser cela.

C’est ça, l’émancipation de la femme? Être libre de coucher avec n’importe qui et d’avoir l’air de n’importe quoi? Avoir le décolleté le plus dégradant possible? Soit, mais moi, ça me fait mal.

J’ai pas envie que tous les hommes salivent à voir ma copine, et j’ai encore moins envie de la partager. Je dois être trop pudique.

Le pont Jacques-Cartier

J’aimerais ça revenir sur la notion de célébrité avec toi.

J’ai abordé ce sujet-là en surface lors de mon dernier billet. Pour te faire une histoire courte, j’aimerais bien que mon band, Be Astronaut, devienne connu à l’international.

Ouais, je sais, j’suis vaniteux.

Mais toi, tu l’es pas? BULLSHIT.

Quand tu regardes je ne sais trop quel talk-show du dimanche qui accueille des vedettes pour des entrevues, tu te mets en tabarnak s’ils ne font pas jouer leur cassette de fausse modestie, s’ils ne demeurent pas humbles dans leur succès.

Quand tu épies les faits et gestes des vedettes des siliconées et/ou saucées de je ne sais trop quelle télé-réalité dominicale, tu te plais à les bitcher à tour de bras, à te répéter qu’elles font autant travailler leur matière grise qu’une mamortte motte sur une morte… euh pardon, qu’une marmotte morte sur une motte de terre au bord de l’autoroute.

Pourquoi t’agis comme ça?

Parce que t’es jaloux.

Ouaip! Jaloux, esti. T’es vert criss, de la tête aux pieds. Ça te fait suer de ne pas être aimé de tout le monde et d’être obligé d’aimer tout le monde, parce personne ne te fait de faveur spéciale. Admets-le.

Ça c’est le bout où je deviens un peu mongol. À l’avenir, je ne t’avertirai plus. Il faudra que tu détectes ces moments-là tout seul. C’est assez facile tu vas voir.

T’es tanné que personne ne t’adule, mais tu le sais que pour accéder à la gloire, faut que tu fasses, que tu dises des trucs pas normaux. Pis être pas normal, c’est mal vu. 

Regarde moi. Je ne suis pas célèbre, mais je dis des choses qui ont un niveau de bizarrerie alarmant. Si jamais un jour tu en viens à parler de moi à quelqu’un, tu vas certainement y dire : «Fuck man, ce gars-là, il a perdu la carte. Y fait peur.»

Mais si tu parles de moi, ça veut dire que je vais être devenu célèbre. Et que j’vais être plein de caaaaa$$$$h.

Fin de l’épisode fiévreux.

J’pense pas devenir célèbre. Je vais me lancer en bas d’un pont avant que ça arrive…

Je sais nager, c’est correct. 

Raccroche le téléphone, ça sert à rien d’appeler la police y vont te prendre pour un cave.

"I can make it juicy fo’ ya"

Quand j’ai donné naissance au band Be Astronaut en 2009 avec mon partenaire, j’ai fait le choix que l’entreprise soit anglophone.

Souvent, je me trouve ridicule d’avoir fait ça. Je ne suis même pas parfaitement bilingue.

Quand je rencontre quelqu’un et lui dis le nom de mon band, soit le ‘dividu me demande de répéter quatre fois, soit il hoche la tête en émettant une onomatopée d’acquiescement (mais dans ses yeux je décèle clairement une teinte de vide intersidéral qui montre qu’il n’a absolument rien compris…)

La raison

Au bout du compte, la décision est justifiée. Quoique y’a pas de quoi être fier, surtout pas auprès des défenseurs du patrimoine francophone québécois…

Si Be Astronaut est un band anglo, c’est pour maximiser les chances du groupe d’être connu à l’international. S’il fallait que la gloire vienne, j’ai calculé que ce ne serait pas en beuglant mes niaiseries en français, étant donné les proportions mondiales linguistiques. L’anglais est la deuxième langue la plus parlée, loin derrière le mandarin.

J’ai failli décider de chanter en chinois, mais j’ai réalisé que c’était pas mon marché cible.

Alors oui, je suis un de ceux qui contribuent à la lente agonie de la langue française. Au bûcher! Brûlez-moi vif!

Quand tu m’auras exterminé et que je ne serai qu’un dépôt de chair calcinée sur la froidure du sol de novembre, tu pourras t’installer dans le confort de ton salon avec le sentiment du devoir accompli et syntoniser ton poste de radio québécoise favori.

Pour te récompenser, les animateurs se délecteront de te passer un quelconque succès d’un rappeur américain qui parle de sucer des pénis.

"But man I ain’t never seen an ass like hers
That pussy in my mouth had me at a loss for word 
[…]
She said I lick like a lollipop”

 

Voyons, calme-toi…

Ça vient de popper dans ma tête.

Une lubie de débiter des mots en espérant aller chercher mais surtout trouver quelqu’un, un besoin égoïste de parler sur une feuille que la planète peut voir, parce que je suis exténué de me parler de moi, à la place je vais t’épuiser toi à te parler de moi.

Je peux me permettre de t’importuner, parce que si ça t’agace, t’as qu’à fermer la page, la froisser et la crisser aux poubelles. Moi, je ne peux pas fermer la page dans ma tête.

Elle est tapissée à la grandeur des parois de mon crâne, comme des écrits sataniques peints à l’encre indélébile sur les murs de béton d’une pièce fermée d’un film d’horreur…

Ish… je m’emporte.

J’ai pu de blonde, donc plus personne à ennuyer avec les histoires qui se confondent dans ma tête. Je t’ai donc choisi TOI pour occuper le rôle de sssychologue et chasser mes démons. T’es chanceux, un spécialiste des maux de têtes qui s’arrangent pas avec des Tylenol, ça gagne en moyenne 73 000$ par année. Si t’étais un médicament, tu coûterais cher la pilule.

Une petite baignade

Il est temps que je révèle - comme si t’attendais ça avec impatience - ce que tu vas trouver ici.

En priorité, tu vas trouver en temps et lieu le sens des paroles des chansons du groupe Be Astronaut. Mais si tu te laisses embarquer dans mon laïus plus ou moins quotidien, tu vas avancer tranquillement, d’un pas solennel, vers le bord de ma piscine d’acide cérébral… et mon but c’est de te pousser dans le dos pour que tu tombes dedans, comme ça, sans avertir.

Je vais me régaler de te laisser choir dans mon bassin toxique, le regard ahuri, les bras battant l’air comme si le vide pouvait te sauver de la noyade…

Oups, ‘scuse. Je redeviens pénible. Les prochains billets vont être beaucoup moins macabres. Attends-toi même à une blague de temps en temps.

Mais quand même. Malaises garantis. Plus ça va avancer, plus la tension va monter.

Mai 2011… dans le temps que j’étais sain d’esprit.